Très tôt dans l’enfance, le mot sage-femme résonne dans ma tête. À sept ans je croise, lors d’une promenade avec ma mère, la sage-femme qui a mis au monde mon petit frère. Cette femme me prend la main et dit à ma mère « oh elle a des mains de sage-femme ! »
Cette femme ne saura jamais l’impact que cela allait avoir sur ma vie. À cette époque j’assiste aux soins de ce petit bébé et cela me fascine.

À 14 ans en allant au collège, la décision de devenir sage-femme est prise. J’ai la chance de réussir le concours. Je rentre dans cette école d’Amiens, j’apprends. En deuxième année je complique le cursus : je donne naissance à ma fille. Je deviens mère, je fais ma propre expérience, je suis comblée malgré les difficultés des études.
Ne croyez pas qu’on aide une élève sage-femme qui devient mère, c’est plutôt le contraire. Il n’y a aucun aménagement : 15 j de congés considérés comme maladie en guise de congés maternité et pas beaucoup de compréhension. J’assume …


Diplômée, je travaille en clinique où je continue d’apprendre aux côtés de gynéco-obstétriciens expérimentés. J’observe j’écoute, je commence ma carrière. Ils ont d’autres approches, d’autres façons de faire que celles de l’hôpital où j’ai été formée.
Puis je suis embauchée dans de petites maternités, fermées désormais, où la responsabilité de la sage-femme est grande, le médecin est d’astreinte chez lui. Il ne faut le déranger qu’en cas d’absolue nécessité. Je travaillerai ensuite 14 ans dans une grande structure où se font 2500 accouchements par an. Mais malgré le travail à la chaîne, j’aime cela car il est encore possible d’accompagner les femmes.

J’accouche de mon deuxième enfant, plus difficilement mais cela me forge d’autres assurances, me fait me poser d’autres questions, quitter certains préjugés. Je mûris. Je comprends ce que je n’ai pas encore accepté : on ne peut pas tout maîtriser.


L’ordinateur fait son apparition à l’hôpital, les poses de péridurales deviennent de plus en plus utilisées, deviennent indispensables. J’assiste impuissante à toute cette technologie envahissante avec certes son bon côté mais aussi avec son côté pervers car parfois on oublie l’essentiel. La peur du « médico-légal » entraîne des mises en places de protocoles. Les femmes sont de plus en plus assistées, infantilisées.

Je pars en libéral, à mon cabinet je fais des consultations de grossesse, préparations à la naissance, rééducations périnéales. J’étais déjà formée a l’homéopathie, je me forme à l’acupuncture, à la sophrologie. Je me forme également au toucher pelvien, méthode de Christine Michel Schweitzer, travail en interne dans le bassin pour le repositionner après l’accouchement ou pour certains désordres gynécologiques.
J’enseigne depuis 2002 les techniques de rééducation périnéale aux sages-femmes, je crée ma méthode que j appelle aujourd’hui : Méthode Périnée Femme.


Je propose aussi ce qu’on appelle de l’accompagnement global sur plateau technique. J’accompagne de la consultation jusqu’à l’accouchement et ses suites les femmes qui souhaitent un soutien personnalisé. Je fais quelques accouchements à domicile.
Au fur et à mesure du temps je continue à découvrir et à mieux comprendre les interactions entre corps et psychisme. Les femmes se confient au plus profond de leur être.
Cette relation de confiance qui se tisse avec les patientes me permet de les recentrer sur leur connaissance instinctive, sur la confiance qu’elles doivent se faire pour améliorer leur lien d’amour qui les relie à leur enfant.


Je n’ai jamais eu de vision « bisounours » de l’accouchement. Le risque zéro n’existe pas et la nature est parfois brutale. Soyons honnête la surmédicalisation apporte son lot de souffrances inutiles voir dramatiques.
Le bon sens serait de bien peser les choses, être bien informé, avoir bien réfléchi, ne pas se voiler la face permet de prendre les meilleures décisions pour chacun. Ensuite comme par rapport à la vie lors de l’accouchement il faut s’adapter.

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La sage femme aide à naître le tout petit, elle aide aussi la mère à naître à elle même. Dans les suites elle l’aidera à continuer son chemin et à se révéler à sa dimension de femme.

Ce travail est un travail de fourmi dans le secret des salles d’accouchement ou de consultation , dans le secret des cœurs, c’est un travail de grande humanité pour créer un monde respectueux de soi, des autres et de la Vie.